L'art roman en Champagne Ardenne

Champagne Ardenne

La Champagne regorge de trésors romans dont le plus somptueux est Saint-Rémi à Reims, cité des sacres.

Rappel historique :

Cette région divisée en deux par sa géologie (champagne humide et crayeuse) le fut aussi par son histoire et ceci dès l’antiquité car à l’époque romaine elle était divisée entre la Gaule Belgique et la Gaule celtique.  Reims, métropole de Belgique Seconde, a fondé sa prospérité commerciale à l'époque romaine sur sa position de carrefour routier.
A la fin du Ve siècle, les Francs conquièrent la région avec l'accord de l'évêque Remi. En 498, le roi des Francs, Clovis Ier reçoit de cet évêque le baptême chrétien à Reims.

À la mort de Clovis, son royaume sera partagé entre ses fils. La Champagne sera alors divisée en plusieurs cités ou diocèses que se partagent ses héritiers. Tout d’abord unies entre 511 et 558 sous l'autorité du roi de Reims dans une vaste Austrasie qui englobait aussi Sens et Langres, les villes de Reims, Chalons et Troyes appartiennent ensuite à des royaumes différents. Reims et Châlons se retrouvent à partir de 561 dans une Austrasie dont la capitale est Metz tandis que Troyes rejoint avec Sens, Langres et Meaux une Burgondie centrée sur Chalon-sur-Saône.

L'Austrasie entre en sommeil en 751, avec le dernier roi mérovingien, pour être intégrée dans l'empire carolingien. Charlemagne, qui connait Reims, lui préfère Rome pour se faire couronner. Le jour de Noël de l'an 800, il est ainsi couronné empereur d'Occident par le pape Léon III. Son fils, Louis Ier, en étant le premier roi de France à se faire sacrer à Reims en 816, va faire de la ville la « Cité des Sacres ». La Champagne du Nord est assurément commercialement active à l'époque carolingienne. Un important mouvement d'affaires animait depuis le milieu du 9e siècle la cité de Châlons, où une foire est mentionnée à partir de 963.
En 843, le traité de Verdun marque le partage de l’empire carolingien. Charles a pour sa part l’ouest du royaume à partir de l’Escaut. (C’est de cette lignée qu’a découlé la royauté française).Louis obtient la partie orientale du royaume. (Cette partie devint le Saint-Empire Germanique). Lothaire règne sur la partie centrale comprenant Verdun. Le  traité de Verdun marque le premier pas vers l’unité de la Champagne.  L’antérieure opposition nord/sud de la région fut en effet balayée en faveur d’une opposition est/ouest, grâce aux rivalités des trois petits-fils de Charlemagne.  Le déclin des puissances ecclésiastiques permit l’émergence des comtes de Champagne

Ensuite, grâce aux relations pacifiques et fécondes  nouées entre le roi de France et l’Empereur notamment à l’entremise des archevêques de Reims,  les routes commerciales et les foires se développeront, entrainant la prospérité.  


L’Art Roman en Champagne

I. Les nefs dites « inarticulées »

L’art roman de Champagne, se distingue par  c’est son attachement aux  traditions carolingiennes. La tradition d’édifices à plan basilical avec ou sans transept bien sûr (mais cela ne la distingue pas d’autres régions), mais surtout celle des long vaisseaux dits « non articulés ». C'est-à-dire sans scansion verticale, les murs sont lisses, les fenêtres dépourvues de moulurations, les grandes arcades à angle vif reposent sur de gros piliers carrés ou barlongs (dans de rares cas sur des piles rondes : Sommevoire). Les lignes horizontales prédominent faite de concurrentes verticales. Ces nefs sont dépourvues de tout ornement si ce n’est les impostes des piliers initialement destinées à porter les cintres en bois qui soutenaient les arcatures durant le montage. Les nefs sont charpentées.  
Citons les églises romanes de :, Ambrières, Arrigny, Cloyes sur Marne, Coulommes, Cormicy, Crugny, Droyes, Hoéricourt, , l’Isle Aumont, Joncreuil, Larzicourt, Moëslains, Moraucout, Montaulin Moussey Montmort, Plichancourt, Puellemontier,  Rieux Rimaucourt, Saint-Gilles, Saint-Thierry, Sommesous, Vuilliers-Herbisse, Ville en Tardenois… Ce type d’église foisonne autour de Reims ou l’exemple des piles fasciculées de Saint-Rémi ne semblent pas avoir d’influencé les églises en milieu rural.
Les plus anciennes, probablement de la 1er moitié du 11e siècle comme Coulomnes, Crugny ou Saint-Gilles ont des piles rectangulaires à imposte, des fenêtres hautes étroites sans ébrasement vers l’extérieur et mal superposées.
Cette ordonnance simpliste admet bien sur des variantes :
Églises à tribunes
Les deux grandes nefs élevées en Champagne à l’aube de l’époque romane, celle de Montier-en-Der juste avant l’an mille et celle de Saint-Rémi de Reims (première moitié du 11e siècle comportent des tribunes. Ces exemples ne furent suivis qu’à Vignory, qui s’en distingue néanmoins car les baies géminées du second niveau ne donnent que l’illusion d’une tribune car elles s’ouvrent tout simplement à claire-voie sur les bas-côtés (système qui semble directement  hérité de basiliques de l’antiquité classique).
Arc à doubles rouleaux
Parfois, lorsque les grandes arcades sont à double rouleaux, les piliers sont flanqués de colonnes engagées vers l’intérieur de l’arc. (Eglise Saint-Jean de Châlons, Poivres, Vertus, Poily).
On peut estimer que les arcs à double rouleaux sont postérieurs à la nef de Saint-Rémi et donc au milieu du 11e siècle. Il est même plus vraisemblable de situer leur apparition vers la fin du siècle. Au début du 12e siècle les piles sont carrées, pourvues de tailloirs, les arcades en plein cintre se dédoublent, les fenêtres hautes sont plus grandes et sont ébrasées vers l’intérieur et l’extérieur.

Les rapports avec les autres provinces de France septentrionale : Bourgogne, Normandie, Picardie, Île de France.
Elles se font surtout sentir à la fin du 11e siècle et durant la 1ère moitié du 12e siècle.  Parmi les nombreuses acquisitions ainsi obtenues, il convient de mentionner le pilier à ressaut flanqué de colonnes (Wassy), les murs articulés (Courville) et la voute sur croisée d’ogives.  
La Lorraine semble être à l’origine d’un motif décoratif assez curieux qui consiste à dérouler une série d’arcades sur les murs externes d’une église et à les relier à la corniche ou à une seconde arcature par des cordons ou de minces bandes verticales, ce qui constitue un décor harpé. La façade du croisillon sud de l’église de Wassy présente ce type d’influence.  


II. Les clochers
Il existe une famille de tours romanes fréquente en Lorraine que l’on retrouve fréquemment en Champagne. Il s’agit de clochers (porche parfois, mais plus souvent de croisée) dont les étages supérieurs, de hauteurs égales sont séparés par des cordons parfois volumineux, ajourés sur chaque face par deux groupes de baies géminées. Chaque paire d’arcs cintrés s’inscrivant dans un arc de décharge. Les tympans des arcs de décharge reposent sur trois colonnettes dont l’une s’intercale entre les baies. Archivoltes moulurées et cordons contournant les arrêtes de la bâtisse confèrent une grande richesse mais aussi parfois une certaine lourdeur  à ces clochers.  Coussey, Vignory, Notre-Dame-en-Vaulx de Châlons, Wassy, Voillecomte... Parfois, c’est le cas à Coussey et Ceffonds, les arcades sont trilobées ce qui tend à prouver une influence bourguignonne (La Charité) qui aurait transité par la Lorraine.

III. Les cryptes
Souvent destinées à accueillir des reliques et des pèlerins, elles nombreuses en Champagne au 11 et 12e siècle et auront tendance à disparaitre à l’époque gothique. Citons Saint-Geosmes (52) ; Villars- Saint-Marcellin (51) ; Châlons (51) ; Jalons (51) ; Vertus  (51).

IV. Les porches champenois
Très caractéristique et fort pittoresque, ce porche transversal adossé à la façade occidentale et qui prend sur toute sa largeur se présente comme une gallérie de cloître surmontée  d’un comble en appentis. Les plus anciens de ces ouvrages remontent à la première moitié du 12e siècle. Les plus récents sont gothiques. Ces étaient destinées à contenir les catéchumènes et les pénitents. Cette disposition avait été empruntée aux basiliques antiques, qui étaient généralement précédées d’un portique ouvert. L’habitude de construire des porches devant les églises alla s’affaiblissant à dater du 13e siècle. L’appelation « porche champenois est un peu abusive car partout les cisterciens en ont fait usage et que l’on en trouve aussi de nombreux exemple dans le Gâtinais.
Les églises de Moussey, Corroy (13e ) ; Hermonville,Corroy-lès-Hernouveilles,  ChampfleuryPonthion, Saint-Thierry, Jalons, Sommevoire, Vaudiens, Cloyes-sur-Marne, Drosnay, Mesnil-Saint-Pierre, Monteuil, Saint-Aventin, Baye, Coulmier, Morancourt, Prez-sur-Marne… en disposent.

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